approche-dr400 Cher(e)s ami(e)s pilotes,

Nous vous invitons à prendre quelques instants pour lire le retour d’expérience qu’a rédigé un de nos membres, jeune pilote, surpris lors d’un atterrissage par fort vent de travers sur l’aérodrome du Touquet à bord du F-GABJ.

Ce document, réalisé à la suite d’une longue introspection et plusieurs échanges avec l’instructeur de l’intéressé, est chargé d’un tas d’enseignements qui doivent profiter aux plus nombreux.

Bonne lecture.

David Gobert


Le récit du pilote

Ce jour là, sur le trajet Chavenay – Le Touquet, la météo annonçait quelques nuages épars à 2.500 pieds, un vent du nord de 25kt au FL20 et pas d’évolution significative prévue.

Notams relevés, je note uniquement que le contrôle ne sera pas actif au Touquet.

Le vol est agréable. Je prends assez rapidement contact avec Paris Info, puis Lille Info, afin d’avoir les dernières prévisions météo sur Abbeville : Pas de changement, vent du 210°/10kt.

Après un survol de la baie de Somme, je m’annonce à 5 min du point Sierra. Un avion est aligné piste 32. Je n’ai pas encore le visuel.

Atterrissage

A la verticale, j’estime un vent du 250°. J’ai du mal à évaluer sa force exacte et demande au pilote venant de décoller son appréciation. Il m’annonce un 20kt, favorable pour la 32. Un calcul mental du vent traversier me donne environ 18kt. Je suis en dessous de la limite des 22 kt de l’avion. Je décide donc de rejoindre la vent arrière.

Ma présentation en finale 32 est correcte, un coup d’œil rapide à la manche à air confirme une estimation de 15 à 20kt.

Je réalise mon approche en crabe, dans l’axe sur un plan correct de 5% (confirmé par le PAPI, actif malgré l’absence de contrôle).

Je décrabe un peu tôt et me laisse emporter sur la droite de la piste. La piste étant assez large, je peux continuer l’atterrissage sans problème.

Je me pose normalement et je cherche à rejoindre l’axe de la piste en mettant du pied à gauche, tout en freinant. L’avion vire sur la gauche de façon exagérée par rapport à ce que j’attendais. Juste avant la première bretelle, l’avion bascule un court instant sur l’avant droit. Aucun choc n’est ressenti et le moteur tourne normalement. Je roule donc au parking.

Arrivé au parking, je fais le tour de l’avion et m’aperçois alors que le dessous du bord d’attaque à l’extrémité de l’aile droite est endommagé. L’analyse par un mécanicien du Touquet montre que l’hélice est également touchée. Nous rentrons en train, en laissant l’avion dans un hangar.

Conclusions

J’ai beaucoup réfléchi à ce qui s’est passé et pense avoir commis trois erreurs :

-        Tout d’abord, un abus de confiance : 18kt de travers sur une piste en dur avec en outre quelques rafales (constatées une fois au sol) étaient peut être trop pour mes quelques 65 heures de vol. Même si j’avais fais plusieurs fois du vent de travers pendant mon instruction.

-        Ensuite, un mauvais réflexe une fois posé. Le vent venant de la gauche, j’aurais dû rester sur la droite de la piste et contrer l’effet girouette en mettant du pied à droite. Faisant l’inverse, j’ai accentué cet effet girouette. En le conjuguant à un freinage « appuyé », j’ai soulevé l’aile gauche et le vent a pu s’y engouffrer.

-        Enfin, une erreur dans la préparation de mon vol. J’avais préparé des terrains de déroutement, mais en pensant éventuellement à des problèmes de visibilité (brume de mer) ou mécaniques. Le Touquet n’ayant qu’une seule piste, j’aurai dû dès la préparation de mon vol envisager un déroutement en cas de vent de travers important. Et le terrain de déroutement n’était qu’à 6NM, puisque Berck possède une piste orientée au 240°.

J’en tire les enseignements suivants :

-        Être plus vigilant sur les approches par vent de travers, notamment sur piste en dur.

-        Ne pas chercher à tout prix à rejoindre l’axe de la piste une fois posé, surtout par vent de travers. Se concentrer uniquement sur une trajectoire rectiligne en regardant loin devant, impérativement manche au vent et, au besoin, pied contraire afin de contrer l’effet girouette.

-        Ne jamais freiner trop fort en virant, surtout sur une piste en dur. Sur une piste en herbe, l’avion aurait probablement glissé.

-        Le vent de travers fait partie des limitations opérationnelles. Lorsque le terrain de destination ne possède qu’une seule piste, il faut envisager un terrain de déroutement en cas de fort vent de travers dès la préparation du vol. Ceci permet de se préparer à prendre une décision efficace et rapide.

Récit par Christophe R.
Crédit photo : Arnaud (http://a-carnetdevol.blogspot.com/2011/05/se-poser-au-bourget-en-dr400.html)

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