… ou comment un meeting peut en entraîner une autre

8 juin 2013 8h30 : me voici matinal au terrain, juste à temps pour ouvrir les portes et sortir les avions, dont notre brave « Bravo Juliet » qui doit nous emmener à 2 h de vol d’ici, assister au « FLY IN » Air France à St Yan près de Parais Le Monial, en pleine Bourgogne.

Nous n’imaginions pas que cette sortie se prolongerait bien au delà que prévu….

C’est sur Info Pilote que j’avais trouvé l’annonce de cette manifestation qui devait se dérouler sur le week-end avec, le samedi, un meeting aérien réunissant un plateau particulièrement éclectique, d’avions de tout type, et le dimanche, une série de conférences sur le thème de l’aviation. Le samedi soir était organisé un « repas spectacle ».

L’ami Georges L.M. s’est dit intéressé. N’ayant trouvé personne susceptible d’être intéressée, nous avons décidé de ne partir qu’à deux, en utilisant le « BJ »qui a de bonnes performances. Nous envisagions au départ, de rester jusqu’à dimanche midi (selon méteo) pour pouvoir profiter à fond de notre weekend. Chacun de notre côté, nous avons préparé nos  » Nav » que nous avons confronté la veille pour les dernières précisions.

La météo se précisant au fil des jours, nous avons décidé le mercredi d’avant d’annuler le dimanche où des orages violents étaient programmés.
Le samedi matin, nous avons étudié la météo du jour ; Pour l’aller, le temps était correct, le ciel dégagé mais pour la fin de soirée, la situation était nettement moins brillante en fin de journée, avec épisodes pluvieux, stratus bas et des orages isolés « noyés » (EMBD). Néanmoins, d’après les TAF et la TEMSI, il restait tout de même une bande de ciel dégagé sens NO SE qui devait nous permettre de rentrer à la maison, à condition de partir en milieu d’après midi.

Étant donné qu’il y avait une pause dans les présentations de meeting, nous avons décidé d’un commun accord avec Georges de partir au moment de la pause pour ne pas se faire « piéger ».

On était prêts à partir à 10h00, mais l’attente à la pompe a été très longue (20 mn !) finalement on a réussi à partir 30 mn plus tard et on a rallié ST Yan sous un soleil à peine voilé bien que visiblement certaines parties du ciel commençait à se plomber sérieusement.
On a été quand même perturbé par la panne du VOR de MOULINS sur lequel on comptait pour nous positionner sur les points d’entrée de la CTR de ST YAN. Finalement, on est arrivé carrément en vue et on s’est intégrés sur la piste 13 herbe derrière les autres invités qui se posaient « en noria ».

Le tarmac était impressionnant : plusieurs lignes de centaines d’avions de tout type en bordure du parking, sur lequel se trouvaient les warbirds et autres avions des patrouilles de voltige, les réacteurs….

On a refait le plein immédiatement (on a eu la surprise de constater que nous n’avions pas fait vraiment le plein au départ de Chavenay) et on s’est parkés près du taxiway de manière à pouvoir partir facilement à la pause…
Tout était prévu pour les invités : un pique nique complet avec hors d’oeuvre, sandwich et dessert et boissons en prime. Chacun avait endossé le gilet fluo obligatoire tant vanté par Laggerfeld.

Après cette sustentation obligatoire, nous avons bien entendu fait le tour des parkings ; on a eu le plaisir de voir arriver (et entendre) le magnifique MUSTANG, récemment acheté par un français Frédérick Akary et basé à Avignon.
Mais le plateau était particulièrement fourni en avions mythiques et métal hurlant : Spitfire, T 6, Mustang, Hurricane, T 28, A4 Skyraider pour les warbirds, 3 Beech Staggerwing, Stearman, Nord 1002, Aero 45, DC3 aux couleurs d’AIR FRANCE pour les Antics, Vampires, Hunter, Fouga, Morane PARIS, L 39 pour les Jets, patrouille « CARTOUCHE DOREE », l’équipe de voltige de l’Armée de l’Air , Patrouille REVA sur VARi Eze, pour les voltigeurs…

Le meeting a commencé à l’heure avec deux Broussards en formation, suivi d’une démo d’un Extra 330 de l’EVAA. On a assisté ensuite à un vol en formation de 3 « Staggerwing » et une exhibition d’un duo Fouga Magister et Morane PARIS.
On enchaîne ensuite avec un YAk 12 tout jaune suivi d’une magnifique prestation du Hawker Hunter suisse.

Alors que le ciel était bien dégagé au début de l’après midi, on a commencé à voir des cumulus bourgeonnants, mais impossible de partir pendant le show, et nous n’étions pas les seuls à nous inquiéter.

Finalement la patrouille REVA a clos la première partie du meeting, et on a autorisé ceux qui souhaitaient partir à s’aligner pour le départ.

En définitive, c’était une bonne trentaine d’avions qui ont commencé à se placer l’un derrière l’autre pour pouvoir décoller de la piste en herbe alors que le ciel devait de plus en plus chargé.

Nous avons finalement pu prendre l’air et Georges, aux commandes, a pris un cap direct sur la balise de Moulin (toujours muette)
Malgré tout, nous parvenons sans encombre jusqu’à la Loire où nous passons au large de la centrale de GIEN.
Mais tout se gâte au niveau de la Centrale de Gien, où une ligne ininterrompue de stratus et des nuages d’orages noyés nous barre la route.

Georges oblique alors vers l’ouest dans l’espoir de pouvoir contourner cette barre nuageuse. on prend comme référence le VOR de CHARTRES en espérant pouvoir ensuite se faire « tirer » jusqu’à lui.
A la radio, on entend que l’activité reste possible sur Chartres où des avions sont en tour de piste. Mais malgré l’éloignement vers l’ouest, impossible de trouver une trouée qui nous permette de repartir vers le nord. Notre cap 270 se transforme petit a petit en 240 et notre position devient de plus en plus difficile à situer.

Mais les flanquements VOR, (confirmés par l’utilisation de mon GPS voiture !) nous situe à environ 20 NM au sud du Mans lorsque d’un commun accord, nous envisageons sérieusement de nous poser car le mauvais temps commence à nous gagner et l’on traverse des averses de pluies de plus en plus désagréables.

On décide d’appeler Le Mans pour un point météo. Le contrôleur nous informe qu’un gros grain vient de passer au dessus du terrain et qu’un second se présente par le Nord Est. Il s’inquiète de notre situation et nous conseille sérieusement de nous poser sans tarder.
Comprenant que nous n’avons plus trop notion de notre position, il se propose de nous guider jusqu’au terrain du Mans en nous donnant des QDM.

Étant donné l’aggravation constante de la situation, où le temps devient de plus en plus bouchés, que des rafales secouent de place en place notre pauvre BJ, on se rend à la raison en acceptant la proposition du Contrôleur, et prenons le cap 030 que nous communique Le Mans.

Nous voilà dans la crasse à 1000 Ft sol, malmenés par les cisaillements…

On suit les indications du contrôleur qui nous communique régulièrement des caps à suivre : 035, 040, 045….
La pluie noie le pare brise, on voit des éclairs dans la masse nuageuse ; la visibilité est limitée à 3 ou 4000 m.
Finalement, comme une apparition, on voit apparaître brusquement la ville du Mans sous les ailes.

Nous savions que le terrain est au sud de la ville et Georges avait pris la précaution d’emmener l’intégralité des cartes VAC.
Nous nous retrouvons directement en finale 02 piste entièrement illuminée grâce à notre ange gardien contrôleur.
On se pose sous l’orage qui est arrivé cette fois au dessus du terrain, et l’on regagne le tarmac sous une pluie battante.

Toujours complaisamment, on nous envoie une voiture directement à côté de l’avion (comme les commerciaux) et l’on attend quelques minutes pour ouvrir la verrière et monter en toute hâte dans le véhicule de piste.

On va rejoindre pour remercier le sympathique contrôleur qui nous a tiré d’un si mauvais pas. Lorsqu’on arrive dans la tour, il était en train de guider une Alouette II qui s’était faite piéger comme nous et qu’il guidait jusqu’au parking près de notre DR 400. C’est là que nous avions réalisé que le tarmac était plein et qu’il y avait sur place une bonne dizaine d’avions d’affaire : Bonanza, Baron FALCON 2000, PIaggio, Cessna Citation…) .

Notre guide nous donne l’explication : ce sont les essais des 24 H du Mans et il nous signale que les Hôtels sont sans doute pris d’assaut. Néanmoins il est totalement hors de question de repartir, et sur l’animation satellite, le contrôleur nous montre que la ligne de front orageux va sans discontinuité de Strasbourg à Nantes !

Il nous rassure cependant sur le prix de la taxe, en nous disant que comme il s’agit d’un déroutement les taxes, le parking, l’éclairage de la piste… tout çà c’est offert par la Chambre de commerce du Mans !!!
Après de nombreux essais infructueux nous arrivons à trouver une place au …NOVOTEL en centre ville où nous nous rendons en taxi.

Le lendemain, passage à la station Météo. Malheureusement, le temps, même s’il n’est plus aussi orageux est toujours aussi bouché avec stratus bas et averses de pluie. La TEMSI nous montre le front qui passe précisément au dessus du Mans et se déplace très lentement vers l’ouest. on reste donc dans la crasse pour toute la journée.

Afin d’occuper utilement notre temps, en allant voir les voitures qui tournent sur le Circuit et qu’on entend très distinctement depuis le terrain. Nous allons également voir le Musée des 24H. Nous regagnons le terrain pour voir la météo. Nous avons la chance d’y rencontrer le pilote d’un Embraer privé, qui s’avère être par ailleurs le vice président de l’aéroclub Dassault de Chavenay.

Il nous communique l’adresse d’un petit hôtel d’Arnage près d’une base de loisir qui se révèle libre par chance et nous pouvons alors loger à un prix raisonnable(1) et dîner au Courtepaille.
Heureusement car le NOVOTEL avait sérieusement grevé nos finances et je ne me voyais pas repayer une nuit de plus dans ce « palace » de province…

Le lendemain, lundi, il me tarde de rentrer : j’ai prévenu le boulot qu’ils ne compte pas sur moi pour le matin.
La météo est assez moyenne, avec un plafond en moyenne à 12-1300 Ft ce qui est tout de même un peu juste. On décide quand même de tenter le départ, quitte à se dérouter une fois encore au besoin.

Nous décollons vers 10h00 du Mans sous un ciel bas mais une visibilité horizontale suffisante.
Très vite, je me vois obligé de rester en deçà de 1500 Ft pour ne pas me mettre « dans la couche ».
La sensation de vitesse est importante à basse hauteur et peu rassurante. Aux alentours du VOR de CHARTRES le plafond descend encore, et nous oblige à voler au « ras des pâquerettes » à 1000 Ft sol. A un moment, on passe au dessus d’un château dont on distingue clairement les habitants au sol. Néanmoins, je doute qu’ils aient eu le temps de relever notre immatriculation…
enfin, au bout d’une heure de vol on aperçois les cheminées de Porcheville et le panache de fumée de l’incinérateur. On nous propose une semi directe, que l’on accepte aussitôt. Notre BJ pose enfin les roues sur l’herbe de Chavenay. Il est 11h10 le lundi 10 juin.

Moralité : Ne pas toujours faire confiance à la météo, surtout dans ces périodes un peu incertaines où le temps change de façon extrêmement rapide.

Car même si l’on avait sans doute péché par excès d’optimisme, la situation présentée le 8 juin était acceptable et en tout état de cause certainement pas aussi apocalyptique que ce que l’on a rencontré.
Ne regrettons rien : Ça a été l’occasion de voir un excellent spectacle, et de voler dans des conditions particulièrement instructives. En plus, ça nous a donné l’occasion de voir une autre manifestation, différente mais aussi spectaculaire sur le circuit des 24 H.

En tout cas, un grand merci au contrôleur du Mans qui a su très professionnellement nous guider jusqu’à bon port, alors que nous étions dans une situation qui commençait à devenir difficile.

(1) pour ceux qui seraient tentés de faire étape au Mans : Hotel INN Design 2 Rue Ernest Sylvain Bollee – Arnage (hotel très bien tenu près d’un joli plan d’eau, accessible à pied depuis le terrain) chbre à partir de 38 €

Alain.B. et Georges L.M.

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